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Mardi 07 octobre 2008 - St Serge  
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TONY ESTANGUET
Porteur du drapeau français
aux JO de Pékin


« Dans une heure, je pars pour la Chine ! »


Il y a 205 pays en lice pour les JO et l’univers de tous  ces athlètes est le même : nous avons devoir de tricoter une image d’EXCELLENCE, de PURETÉ, de FRATERNITÉ et d’UNIVERSALITÉ et non pas de penser aux enjeux politiques et économiques qui nous dépassent.

PM : Au-delà des enjeux, ce que les contestataires défendent, c’est une idéologie…
TE
 : Certes. Mais est-ce aux sportifs des JO de prendre position ? Les athlètes, dont c’est si peu le rôle, peuvent-ils, en quinze jours, résoudre un problème plus immense que la muraille de Chine et avoir la prétention de changer -ou même d’ébranler- ce qui est en place depuis plusieurs millénaires ? Pour nous, occidentaux, il est bien sûr impossible d’adhérer à un mode de fonctionnement qui nous gêne profondément. Mais il faut se rappeler que c’est aussi un mode de pensée, fondamental, qui fonctionne dans un tout autre système de civilisation  que le nôtre ! Arriver en brandissant la hache de guerre et notre morale occidentale en disant : »changez tout ça ou on sévit et on ne participe pas », est-ce le moyen de convaincre ou le contraire ?
Moi, je crois qu’il faut rester humble. Et on n’a pas forcément trop de leçons à donner.

PM : Alors, les JO 2008, ça sera comme d’habitude ?
TE
 : Non. Je pense qu’ils sont entachés. Mais je crois aussi que le mouvement olympique va assurer et va réussir à organiser les jeux dans le seul esprit qui lui convient : celui du sport. C’est le seul, esprit certainement, à pouvoir peut-être influer sur une amorce de changement dans les ancestrales coutumes.

PM : Que voulez-vous dire ?
TE : On peut espérer que ce coup de projecteur monumental –20 000 journalistes accrédités- puisse permettre à des chinois de s’exprimer, à des chefs d’état de dialoguer et contribuer au à une évolution positive de la situation.

PM : Depuis 6 mois, vous et votre équipe êtes déjà allés plusieurs fois en Chine. Pourquoi ?
TE 
: C’est la quatrième fois, la dernière datant d’il y a trois semaines. Le contexte est si différent du nôtre qu’il est important pour nous de nous y immerger. Il y a des habitudes à prendre pour que nous ayons, gage de réussite, l’impression d’être un peu chez nous. Nous faisons des séjours courts –10/15 jours- pour ne pas trop nous fatiguer et optimiser nos chances.

PM : C’est comment, ces petits séjours ?
TE
 : Très, très sympa. Intense puisqu’il y a un très gros entraînement. Mais on réussit à prendre une bonne dose de Chine ! Nous y allons pour mesurer comment cela va se passer : adaptation au mode de vie, infos sur le stade, climat, la chaleur – perturbante ou pas - la pollution.

PM : Et comment est l’accueil des chinois ?
TE
 : Positif. Très agréable. Vraiment, nous sommes bien accueillis. Il y a beaucoup de curiosité, une certaine excitation : on perçoit que les gens se sentent très concernés, très sensibles au fait qu’ils vont accueillir la planète !
Ce que nous verrons dès demain, c’est si c’est pareil ou pas et si cet accueil reste le même. Ce que j’espère car il faut, hors de tout autre contexte, que les jeux olympiques soient à part et continuent à faire rêver les enfants de la planète comme ils m’ont fait rêver, moi ! Il faut absolument préserver ça.

Nous l’avions contacté à Pau pour qu’il nous livre ses impressions d’avant les JO et il avait promis de nous rappeler pour prendre rendez-vous. Vendredi 30 mai à 17h30, il tient parole et nous téléphone en toute simplicité : « voilà : je suis à Roissy, je pars pour la Chine ! Mon avion décolle dans une heure. Pourrions-nous faire l’interview par téléphone ? »
Et nous  l’avons faite.
Quant à lui, il a accepté de poser devant l’avion pour une photo qu’il nous a envoyée par téléphones portables interposés ! Petite conversation en forme de scoop !

Pau Magazine : C’est comment, Tony Estanguet, de partir dans une heure pour la Chine ?
Tony Estanguet
 : Plutôt sympa ! Je suis très content d’aller là-bas et de m’apprêter à retrouver cette ambiance chinoise que nous avons déjà goûtée à trois reprises au cours des six derniers mois. Il me tarde aussi de voir si la flamme olympique a pris le dessus après les turbulences des dernières semaines et si je vais réussir à trouver mes marques dans cet univers si particulier.

PM : Est-ce que vous vous sentez les épaules pour porter le drapeau malgré la controverse ?
TE
 : Très franchement, oui. C’est vrai qu’il est dommage de se retrouver dans ce contexte-là mais avoir l’immense honneur de porter le drapeau est un bonheur que je ne veux pas bouder. Parce que c’est la reconnaissance d’un parcours, de valeurs et de toute une discipline que, depuis tant d’années, j’ai voulu porter au sommet. J’ai envie de faire honneur à cette nomination et pour cela je vais essayer de faire fi de tout ce qu’on peut entendre et de rester attaché à nos valeurs sportives. Et j’ai hâte de disputer les jeux de Pékin.

PM : Vous désolidarisez-vous du procès moral fait au gouvernement chinois ?
TE
 : La question n’est pas là. Il faut accepter que les sportifs jouent LEUR rôle sans leur en faire jouer un autre.

JUIN 2008 - ©PauMagazine

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